Mué, je surgis

Robin Salomé

Johan Szerman

Je n’avais pas de mots pour décrire l’horreur de la phrase qu’il venait de prononcer. Ma sanguinolente pompe battait à plein régime depuis plusieurs minutes comme si le glas qui devait sonner sous peu rongeait déjà ma chair, dévorant lentement mes entrailles, du haut du scalp jusqu’à la plus infime cellule. Cela germait en moi et je n’y pouvais rien. Je tentais de masquer un instant mon trouble en bredouillant de confuses phrases autour de la responsabilité, du consentement, de la nécessité de se concerter face à une telle décision, mais c’était peine perdue. Il savait que le pas avait été sauté et que plus rien ne serait comme avant maintenant qu’il avait fait vibrer le monde de concert avec ses cordes vocales. Aujourd’hui encore, je ne saurais expliquer comment nous en sommes arrivés à considérer cette décision diabolique. 

*** 

Iom et moi, nous nous remarquâmes pour la première fois alors que nos compteurs respectifs affichaient onze rotations autour de l’astre solaire. Nous étions nés dans des familles qui, sans pour autant se haïr, ne se fréquentaient pas. Le groupe avait quitté la caverne bien que tout autour de nous fut encore gelé, d’une blancheur fantomatique dont l’éclat rappelait un ciel couvert et aveuglant de lumière. Toute la journée, et tous les jours ensuite, durant onze ans, nous nous suivîmes tels des ombres dans le dédale des éboulis, hurlant à travers la masse compacte des animaux ; nous serpentions entre les habitations de pierre des grandes personnes. Nous ne comprenions pas ce qui se mettait subtilement en place tant la fixité de notre environnement direct nous invitait à considérer les choses comme immuables, éternelles. 

Chaque hiver, il fallait se terrer dans d’infâmes cavernes, emplies par la puanteur, le vacarme des bêtes et des hommes ; il nous fallait survivre à l’absence d’air au fond des innombrables boyaux où rarement s’éteignait l’obscurité… Tant d’interminables journées perdues, obligés d’écouter les mythiques sornettes mille fois narrées par ces vieux qui croyaient encore à l’existence des Anges, Démons et autres Chimères. 

Dès que les jours duraient autant que les nuits, nous retrouvions peu à peu le feu, le dehors et la liberté, les soirées claires à contempler les étoiles et les chaudes journées de labeur avec les animaux. Puis, inlassablement, revenait le fatidique matin où le soleil émergeait entre les sommets septentrionaux d’Om et tout recommençait ; nous nous rendions dans la caverne pour attendre qu’à nouveau le soleil se  lève face à notre antre. Le temps, passant, nous façonnait à une image dont nous ignorions tout et, sans jamais reconnaître la réelle nature de nos mouvements internes, nous prîmes rapidement nos habits d’adultes, nos corps se muèrent… 

Nos jeux aussi… 

La rudesse du climat en altitude avait amené notre peuple à développer une méthode de contrôle des populations incroyablement efficace : les jeux d’épines, durant lesquels tous les jeunes hommes âgés de vingt-deux ans devaient vaincre ou mourir… Ces jeux duraient tout l’été et, chaque semaine, les jeunes des différentes tribus s’affrontaient. Iom et moi excellions tant aux entraînements qu’il fut décidé que l’on ne se battrait jamais directement, car la perte de l’un ou l’autre aurait  de fâcheuses conséquences pour la région tout entière. 

Les jeux commençaient toujours de la même façon : nous partions six jours, seuls, dans la forêt d’Om où tous participants se croisant avaient obligation de se battre sur le champ jusqu’à ce que mort s’ensuive – même en dehors des jeux. On passait d’abord par le cercle surmonté d’un talus de terre-battue qui servait d’arène, pour ensuite franchir une palissade en bois et s’enfoncer, chacun notre tour, dans l’épaisse végétation. Cette semaine avait pour but de demander le soutien de nos Anciens à travers d’intenses privations et la prise quotidienne d’hallucinogènes puissants, de s’exercer aux techniques de combat, à la méditation et à la création d’amulettes. Les plus faibles n’atteignaient jamais deux fois l’enceinte… Première sélection. 

Puis, lorsque sonnait la trompe d’étain, nous devions rejoindre l’arène afin d’entamer les combats, notre ordre d’arrivée définissant les duo qui s’affronteraient et les enchaînements. 

Solennel, notre Chef s’adressait ensuite brièvement aux combattants : 

           – Vous qui ViVez une Vie ! Vous qui êtes dans le Vif ! Vous qui aVez mangé nos Vivres ! Vous qui représentez notre aVenir ! Voilà Venu le moment de Vous prouVer que Vous êtes dignes de porter le nom de V et perpétuer notre Vigueur ! Présentez-Vous puis taisez-Vous ! Vous ne parlerez que si Vous Vainquez. 

Une fois ce rituel respecté commencèrent les affrontements qui, cette année, furent courts et forts décevants. Tous décédèrent au combat ou, les jours suivants, des terribles blessures infligées par nos armes empoisonnées, nos sortilèges impérieux, la terreur… J’avais opté pour la maîtrise des techniques du Vent : mon arme favorite consistait en une lance prolongée d’une hélice acérée que je projetais de toutes mes forces vers mon adversaire, tranchant net tout ce qui se trouvait sur son passage. Iom s’était, lui, perfectionné dans celles de Terre, utilisant sa force brute pour soulever le sol et projeter en l’air son adversaire tel un vulgaire caillou. Nous étions si redoutables qu’il nous arriva de tuer tous nos adversaires avant même l’entrée dans l’arène… Nous tuâmes des milliers d’hommes au cours de cette année qui précède l’entrée dans l’âge adulte et l’on prit rapidement goût au sang et aux histoires fantasques qui se racontaient sur nos exploits. Nous inspirions une peur… 

Flamme danse et parade tel feu l’Oiseau de fracas

                                                                            Que s’éclaire la vision aquatique qui zèbre

Sept géométries sacrées ordonnent le chaos

Du Bout d’un tunnel obscurci de lumière

Immatériel incarné / AHOI \ vacarme funèbre !

L’âme de la mort est l’énergie du tarot

De la création du monde jusqu’au vide

Les mythologies ne sont pas hallucinations

Elles sont Alchimies, histoires du Vent

Des éléments à la séparation des choses

Atome, l’unique multiplicité est la Joie

As above, so below ! Enseigne toi la spontanéité

Athanor ! Et, en toi, crée l’expérience

| SOLVE ET COAGULA |

la phrase de pouvoir

Rect, aligné, droit, transparent sont les buts

Car si tu le penses ! Tu le vis !

— s’avoir —

La recherche /\ l’art cherche

La langue des Oiseaux guide

 

Marche pour penser ! voilà l’action contradictoire

Pour se connaître pour pouvoir

Sans artifices artificiels ou artéfacts du Déni

Nous sommes la magie,

Fréquences / AHOI \ Ressemblances

Sur le chemin : Insigne, infime, abime !

Mystère, mystique, fragmentation !

Conscience / AHOI \ Cohérence

Regarde puis ressent car toi, tu sais déjà

Jalonne et oligarchise : travail n’est occupation

Croyance ferme

Vie souple

Inspiration

                    Cherche

                                  Expiration

                                                     Prend

                                                               3 voix

                                                                         Paradoxe 

                                                                                         Inversion

Conjonction

 

Ω

| SOLVE ET COAGULA |

Ceci sont les mots qu’adressait, chaque année, le sorcier à la foule venu célébrer les fêtes de la fin d’année. Nous avions rejoint la caverne depuis le solstice et, par ce rituel, le shaman nous invitait à plonger en nous-même pour réaliser dans le silence et la méditation ce que les hallucinogènes consommés durant l’été nous avait apporté comme matériel à panser. Nous en connaissions la liturgie par choeur, reprenant avec plaisir les derniers mots pour en accentuer l’effet, hurlant « AHOI » ainsi que la phrase de pouvoir. Par moment, le shaman provoquait tant les Anciens par ses paroles que la foudre tigrait jusque dans la caverne, l’éclairant d’infinies lézardes lumineuses nous inspirant une stupeur fervente.

Le plus troublant pour moi résidait dans la multiplicité des bruits qui, au fil du discours, venaient renforcer les mystérieux propos de celui qui savait autant guérir les corps que les âmes. Je sentais clairement tout vibrer et, de plus en plus fort et, de plus en plus souvent. J’avais même, depuis plusieurs années maintenant, l’intime conviction que la caverne raisonnait avec moi, avec eux, avec nous, et qu’elle parlait, comme les arbres, en faisant chuter des pierres, clapoter l’eau ou siffler le vent, comme si la grotte nous avertissait lorsqu’il était nécessaire de prêter une attention particulière à ce qui se passait, là, ici et maintenant, –

« L’ENVIRON NE MENT ».

Le plus difficile pour Iom résidait dans ce fragment du temps qui précédait la pensée et commençait à nourrir l’action. Ce moment où l’on savait lui comme moi qu’il fallait agir et s’écouter. Nous utilisions un nom de code pour cela : pister un renard. Chaque fois que l’un d’entre nous reconnaissait l’Oeil, nous avions pour obligation de faire ce que nos entrailles nous disaient de ce regard – sans quoi la souffrance recommençait, là… 

Ne plus nier et la signification du regard et son porteur. 

J’ai commencé à appréhender cela après avoir fait ma première offrande spontanée, ignorant encore ce que je demandais et à qui je le demandais. J’avais pris la décision de partir en forêt pour m’occuper le corps et, juste avant, Iom et moI nous étions longuement regardés les yeux dans les yeux, sans prononcer le moindre mot. Ce fut la première expérience d’un mantra que l’on savait au fond de nous. Nous parlâmes ainsi, d’une façon si neuve et en phase, qu’il n’existe de mots pour en dessiner l’image chez vous. 

Enfin si, j’essaye, là, de vous le transmettre : c’est comme lorsque Lune et Soleil se chevauchent…                                                          ♉ 

 

J’embrassais avec joie le chaos et me mis en branle, sans but autre que de m’arrêter là où mon corps saurait que je le devais. Pour ce faire, j’assignais une occupation à la voie en moi qui jactait en permanence, comme celle de respirer, de compter les ramifications fractales des branches, de décrire le dégradé subtil des écorces au sol. En moi, j’observais enfin ce que j’avais toujours su : que les pieds se mouvaient d’eux-mêmes ainsi que les mains ; que l’esprit vagabondait en un flux insensé – cyclique d’absurdité – comme décalé à gauche ou espacé à droite ; que les images se formaient sans que je le souhaitasse. Là, cette sensation… 

S’il y a un observateur,

Il y a aussi un narrateur,

Si j’entends en penser,

Il me faut aussi écouter. 

A cet instant mon corps cessa tout mouvement et la protection des Astres eut lieu car je ne pourrais plus jamais reculer face à la chaleur nouvelle qui me nimbait. Tandis que je sentis passer une larme à gauche, mon regard se porta au sol et y découvris deux des plus belles œuvres de la Nature : l’aérien filet d’une araignée, magnifiée de rosée gelée, gisait juste entre mes pieds. Après avoir salué les QUATRE, je déposai délicatement trois offrandes nourricières, pris trois respirations puis la phrase de pouvoir  s’exprima. Le lendemain, je recommençai à un autre endroit de la forêt avec des cadeaux imprévus et le rituel du MÉTÉOR se révéla à moi. Ferme face au sort, 

j’embrassais,                                                  là                                                                vois. 

Il était une fois le MÉTÉOR et cette pluie qui aggloméra en nous le courage nécessaire pour choisir

la Lumière                                         de                                         l’Ombre

Nous étions affairés à moudre le grain, cuisiner, coudre, peindre, rire ; certains chantaient, d’autres parlementaient des affaires lorsqu’un cavalier dévala la pente et nous hurla des nouvelles d’Om où la révolte semblait encore être de mise. Échec et mat, comme toujours avec l’État. 100 morts 

              « Des milliers de blessés aussi bordel… Ils vous atteindront dans la nuit ! Préparez-vous ! » 

              « C’est noté Omi, lui répondis-je, WOW ! Vous avez tous entendu, on s’active bordel, on sort le matos cash, je veux voir l’hôpital dressé dans les dix minutes ! » 

               J’ignorais moi-même d’où m’était venue la rage de ces mots qui laissèrent sans voix mon peuple. Qui avait guidé l’expression soudaine de ma puissance ? La volonté de la nécessité d’abord, ensuite l’accord tacite entre Iom & moI de suivre nos tripes lorsqu’elles hurlaient « AGIS», 

« PARS », « LÀ ». Et, surtout, l’intense sentiment de faire la seule et unique chose qui, à cet instant, eut un quelconque sens pour…         moi. 

Le temps de m’exprimer cette pensée douce, la toile soutenue paradait déjà fièrement du haut de ses piques ; le village s’activait sans bruit, d’un calme volontaire et dédié. 

Ça ne prévient pas.                   Ça arrive. 

D’un coup.                 D’un seul. 

Un chaos de flammes s’abattit de la voûte céleste, déflagrant un spectacle grivois de feux d’artifices infernaux. La couleur BLEUE – FLASHA – trahissant un astre de soufre et mes yeux ne le quittèrent que de force. Un scintillant sifflement diffusa une froide mélopée – fortississimo – l’écorce terrestre rugit en tremblant, puis                                                                                                   le son de tout son tonna 

……Souffle sur nos chétifs amas d’atomes………                                                                     BAM 

On se relevait avec peine – vous savez, comme lorsqu’une grenade GLI F4 vous pète aux pieds – tous tout étourdis par le bruit, on tanguait et… oh ! cet effroyable silence pesant sur nos hurlements…

VAGUEVAGUEVAGUE                                     chaleur                    diffuse suffocation

                   Épais brouillard de débris, cendres, os, arbres, morts, animaux, calcination… 

Nos poumons vomirent leurs tripes et, à quatre pattes, je gis 

L’énergie du désespoir fit alors place à la Joie 

Nos cœurs surent qu’avait eu lieu le premier instant, là 

…………..cela faisait des milliers d’années que nous vivions sous la domination d’une élite qui n’aimait que richesse et pouvoir, nous manipulant sans vergogne afin d’obtenir de nous l’or du sol. Tout avait commencé à Sumer lorsqu’apparurent les premières villes et, avec elles, l’agglomération des ego dans des espaces exigus, créant une intense réalité partagée de plus en plus simple à influencer pour ces dingues du pognon. Ils avaient d’abord été prêtres ou nobles, puis investisseurs, parlementaires jusqu’à ce que s’impose une « gouvernance mondiale ». Ils avaient peu à peu vidé le monde de sa magie en le bitumant, en extrayant la matière et quantité d’instruments qui, tout en nous donnant l’illusion de faire plus, nous enlevaient en fait la capacité de s’emparer du réel de nos vies…………………………………………………………………………………

Merde

……..si leur monde extérieur n’était qu’un reflet de notre monde intérieur, alors… Le changement fut si profond que nous en vînmes à oublier d’où nous venions : le langage n’était qu’un organe qui traitait, analysait, déformait et, du fait de sa position en dehors du corps, il se croyait supérieur. Pourtant en nous résidaient d’autres organes doués de la faculté de s’avoir et le nier était aussi stupide que de souhaiter réduire le réel en des variables quantifiables, statistiquement mesurables, artificiellement « reproductibles ».…………………………………………………………………………………………………………

                                        Merde 

On nous avait si bien « éduqué » que nous avions perdu la faculté de nous émerveiller devant le spectacle qu’offraient, justement, les animaux. Ces derniers n’en avaient que faire du travail, de l’or, du progrès ; ils refusaient de toucher aux produits chimiques et s’éloignaient sans la moindre hésitation de toute nourriture leur étant impropre. Certains percevaient des fréquences invisibles pour nous (sonores, visuelles, stellaires) ; d’autres se distinguaient entre eux par l’infime variation des odeurs, crottes, bruits ; ils savaient trouver d’eux-mêmes les plantes pouvant les soigner. Pire, ils captaient les plus infimes signes des catastrophes à venir et agissaient sans poser la moindre question car, en eux, quelque chose s’avait sans avoir à verbaliser, concevoir, réfuter………………………………………………………………………………………………..

                                        Merde 

Nous, primates bipèdes, nous avions construit des dizaines de théories, toutes plus fumeuses les unes que les autres, expliquant cela sans jamais s’avouer la vérité : si les animaux pouvaient savoir ce qui était bon pour eux sans être doués de conscience, on devait « probablement » pouvoir en faire autant, non ? Et il nous avait fallu des millions d’années d’évolution pour à nouveau s’emparer de ce qui a toujours été le sens de la vie : boire, manger, respirer, bref s’occuper du corps et en tirer l’unique et vrai plaisir. Putain de……………………………………………………………………………………………………. ………………………………………..MERDE !!! 

Plus le temps avançait et moins nous étions des animaux… 

un jour certains le comprirent et quittèrent ce monde de Vils 

I                               O                            W                             O                              I      

Je suis l’âme Or                                         l’âme Agis                                     l’âme à Tiers. 

¡ Écoute bien ce que je dis et oublie-le, deviens les mots sans maudire ni maugréer, écoute les cris ! 

¡ J’insuffle le souffle un jour pour m’inspirer du souffre qu’expirera ton dernier soupir ! 

¡ Je parcours les mondes et les âges depuis ce piédestal immuable ! 

¡ J’ai vu les époques s’enfiler, les enfants croire, les adultes surgir ! 

¡ Je sais tout de ces autres dont tu n’as traces ! 

Tout passe, sauf moi. 

Je suis partout présent,                   jamais passé,                                           ni à-venir 

¡ J’enchante de ma voie les solitaires ! 

¡ Je fascine par le champ dé-possible ! 

¡ Sans moi rien n’est, avec moi tout est ! 

Si je suis // je suis contenu                  AHOI            Ce qui contient est \\ maintenu 

¡ Écoute       écoute bien mes silences ! 

En eux reposent l’Univers et la Lumière Divine. 

Triple est le réel : la vie, le visible et l’invisible. 

Un en dehors aux trois n’existe pas, 

Sauf entre les trois. 

O+< 


Il m’avait fallu un infini cycle de moments, temps de naissances et de morts pour enfin parvenir à comprendre à quels jeux je jouais et, ainsi, décoder l’atroce phrase entamant ce récit. La foi en soi était le sel de la vie dont la seule conscience m’avait permis les plus incroyables aventures ; en manquer revenait à m’insulter sous les visages découverts de tous ces autres en qui s’incrustait le reflet trouble du double. Il me fallait faire face en laissant aller, oublier les frontières ou les centres pour courber les angles et distinguer les variations du gris de la matrice éternelle. M’en croire séparé revenait à vivre en m’ignorant or, j’étais là pour faire cette expérience en toute méconnaissance : l’illusion m’était nécessaire pour perdre le sacré de l’eau et y retourner à travers l’incandescence du Vide. Il m’avait fallu vivre des milliers de vies de fleurs, d’animaux, de notes, d’objets, de minéraux, de bactéries, de concepts, d’astres, d’émotions, de lieux, de secrets… J’avais été tout et l’étais à tout moment ; les couches de la réalité se sur-impriment entre elles tels les filtres polarisant d’un vieux réflex – plus j’en ai, plus la souffrance s’amenuise. J’accumulais donc les égaux, les paires, les amitiés et jouissais la plupart du temps de vies tranquilles à faire et à satisfaire mon véhicule selon sa forme, ses besoins, son envie. Cela paraît si simple aujourd’hui, ici, maintenant, là. 

Robin Salomé

Robin Salomé est un jeune artiste peintre, sculpteur et dessinateur. Les jeux vidéo, le cinéma et les mangas ont nourri son regard et son univers. C’est par son dessin, langage de tous les jours, qu’il avance dans la recherche de nouvelles histoires. 

Johan Szerman

Johan Szerman est un homme de l’être, un collectionneur d’expériences et de savoirs. Ses études de psychologie lui font tant côtoyer la mort qu’il arrête pour devenir barman et plonge dans la nuit et le son. Le temps l’a amené ensuite à publier des articles et, surtout, à composer beaucoup de musique. Là, il expérimente enfin ce que l’enfant rêvait : écrire et passer sa vie à transmettre les histoires.